Pierre L'EXCELLENT
Étudiant à l'ENSAPM, 5e année
Né le 5 Novembre 1986.
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Sélectionné pour participer au travail de réflexion sur le développement du village de WanFoTang près de Pékin en Chine avec MM. Hubert et Bignier, je voudrais revenir, étape par étape, sur ce que fut cet enrichissant semestre.

Ce premier article consacré au P8 s'attache à définir ce que fut la première partie du travail : l'analyse environnementale du contexte. Associé à cet occasion avec Thomas et Guan Sui (que je salue), notre groupe a travaillé sur les ressources disponibles (énergie, végétation et eau) et la politique des déchets.

Notre analyse a puisé dans de nombreuses sources des informations sur le cadre énergétique chinois, afin d'établir son profil et permettre ensuite de formuler des hypothèses sur les améliorations envisageables. Dans ce premier graphique on remarque l'augmentation globale sur la période de la consommation d'énergie, et plus encore de la part des énergies fossiles, même si une légère diminution est perceptible depuis 1991. Le recours au charbon s'explique facilement par la grande disponibilité de cette ressource, particulièrement vers l'ouest de la capitale. Il faut savoir qu'avec un quart du total mondial, la Chine est le plus gros producteur et consommateur de charbon aujourd'hui.

Premiers responsables, l'industrie et l'habitat totalisent plus de 80% de la consommation d'énergie ; deux secteurs qui méritent donc toute notre attention et dans lesquels des changements se répandant comme une trainée de poudre pourraient avoir un impact majeur ! Reste à savoir si les autorités et les citoyens chinois seront saisir leur chance de changer leur avenir avant qu'il ne soit trop tard.

Côté végétation, l'emprise des espaces verts est en net déclin. Du côté de Pékin, la surface urbanisée a été multipliée par 5 entre 1978 et 2000. De graves conséquences résultent de l'abattage massif des arbres : érosion des sols, bouleversement du cycle naturel de l'eau, traitement réduit du CO2, progression du désert et augmentation de l'impact des tempêtes de sable sur la ville... Le gouvernement l'a compris, et dans son schéma directeur pour la période 2004-2020, il prévoit un investissement de 6 milliards de dollars pour planter une ceinture d'arbres autour de la capitale.

La répartition de l'eau en Chine est très disparate : abondance menant à de fréquentes inondations au Sud et sécheresse ininterrompue depuis 8 ans près de Pékin. Vers la capitale, la surexploitation des nappes phréatiques et des cours d'eau engendre de nombreuses pollutions susceptibles d'entrainer une diminution de la disponibilité de la ressource de 20% d'ici 2030. Et pourtant, en 2002 un pékinois ne consommait en moyenne que 128 mètres cube d'eau par an, alors même que la moyenne mondiale se situe à 600. Fatalement, l'agriculture, qui utilise une majorité des réserves disponibles, est difficile voir impossible au Nord-Est de la Chine et réduit d'autant les apports directement utilisables au sein des habitations.

Conséquence du développement accéléré de l'empire chinois : les émissions de dioxyde de carbone ont littéralement explosé depuis un demi siècle, tendant à se rapprocher de la moyenne mondiale. Si on se rappelle que la Chine compte plus d'un milliard d'habitants, on mesure vite l'impact que ce changement généralisé de cadre de vie engendre sur l'environnement, non seulement à l'échelle du pays mais aussi à l'échelle planétaire.

En développant son urbanisation, la Chine, autrefois très rurale et agricole, offre un accès à l'électricité à un nombre de plus en plus grand d'habitants, avec des habitudes de vie de plus en plus gourmandes en énergie, et doit construire pour les accueillir un parc immobilier et des infrastructures immenses. Rien d'étonnant donc que les premiers secteurs concernés par les émissions de CO2 soient les centrales électriques et thermiques, dont la majeure partie fonctionne pour rappel au charbon, et le domaine de la construction.

En ce qui concerne le traitement des déchets, on peut dire qu'il est quasiment inexistant. En effet si une minorité est incinérée ou compostée, la plus grande partie est simplement enfouie, souvent sans traitement particulier. Le recyclage, très informel car organisé par des ramasseurs de rue qui revendent les matériaux récupérés pour gagner leur vie, est inchiffrable.
Face à ces nombreux problèmes, quels sont les enjeux prioritaires et quelles solutions proposer pour que le cadre de vie soit en accord avec les attentes d'un peuple, et respecte l'environnement qui l'accueille ? Ce sont à ces questions que notre prochain article tentera de répondre. En attendant, les plus intéressés pourront développer la question chinoise en lisant le chapitre 12 du livre Effondrement de Jared Diamond : La Chine, géant qui titube.
Dans le cadre du P7 encadré par MM. Vallier et Evangelos (entre octobre 2008 et janvier 2009), nous avons réfléchi sur le pliage, passage de la 2e à la 3e dimension, afin d'éloigner la pensée du volume d'une lecture en extrusion du plan. En faisant varier la géométrie des bases et la manière de les relier, divers phénomènes de retournement apparaissent dans les modèles, dont les faces du patron sont différenciées par leur couleur. En voici un exemple :


Au delà de la variation de la forme entre les états initiaux et finaux, se pose également la question du processus qui les relient l'un à l'autre. C'est afin de réfléchir et illustrer ce propos que ces deux animations ont été crées.
Cette introduction, mélangée à d'autres intentions liées au site (situé entre le jardin des plantes et l'université de Jussieu) et à la nature du programme (un centre de recherche en phytoremédiation) à mettre en place a permis ensuite de réfléchir à l'implantation et la matérialité des bâtiments projetés.


Venant créer un lien physique dans le quartier et questionnant par l'interpénétration des espaces la limite entre intérieur / extérieur et nature / culture, le centre se contorsionne pour offrir des lieux variés, en plan et en volume, aptes à accueillir un grand nombre d'activités.

Point d'orgue de cette réflexion sur les frontières, les façades en toile tendue perforée viennent se plier dans toutes les dimensions et dévoilent par-ci par-là le bout d'une dalle et affichent par transparence leur structure.

J'ai conscience que ce travail est très formel et je l'assume en tant que tel. J'ai pris beaucoup de plaisir à le concevoir et je remercie mes enseignants pour leur aide et leur suivi tout au long du semestre.


Qu'est-ce que l'écologie industrielle ?
Ce qu'entend Suren Erkman par "écologie industrielle" est la remise en question du modèle industriel linéaire ressources > produits > déchets (appelé écosystème de type I) au profit d'un système inspiré par le mode de fonctionnement cyclique des écosystèmes biologiques (type III, le type II correspondant à une étape entre les 2 autres). Dans ce système, "il est impossible de distinguer les ressources des déchets, car les déchets d'un organisme constituent une ressource pour un autre organisme. Seule l'énergie solaire constitue un apport extérieur". Les cycles dont ils dépendent sont donc très largement interconnectés. C'est précisément vers ce modèle que doit tendre la société industrielle pour préserver son environnement et assurer sa survie.

En quoi l'approche end of pipe (type II) est-elle critiquable ?
Aux yeux de Suren Erkman, la stratégie de gestion des déchets en fin de vie comporte plusieurs problèmes principaux :
- elle est cloisonnée par département : le traitement d'une pollution pouvant très bien n'être que son déplacement vers un autre secteur ;
- elle est incrémentale : elle coute de plus en plus cher pour éliminer une proportion de plus en plus faible de polluants ;
- elle n'offre pas de vision globale : la spécialisation croissante du traitement des déchets renforce les barrières entre les disciplines.
Suren Erkman propose par son approche d'écologie industrielle d'ouvrir les méthodes de prévention à une perspective plus vaste qui se base sur l'ensemble du processus et de sa relation avec la Biosphère.
En pratique, ça donne quoi ?
Afin d'optimiser les flux de ressources et d'énergie de manière globale, il conviendrait de créer des associations caractéristiques entre différentes entreprises pour procéder à une valorisation systématique des biens échangés. Par exemple, "l'électricité produite par une centrale [à charbon] ne représente que 40% de l'énergie totale libérée par la combustion. Il existe donc une quantité d'énergie considérable, disponible sous forme de vapeur, qui pourrait être exploitée dans le cadre d'activités symbiotiques". Pour compléter l'éco-restructuration du sytème, d'autres attentions doivent être portées sur la minimisation des énergies dissipatives (dues au frottements notamment), des efforts doivent être faits pour dématérialiser les produits et les activités économiques et pour décarboniser l'énergie.
Quelles implications pour l'architecture et la ville ?
"L'écologie industrielle remet en cause le dogme traditionnel du zonage, basé sur la séparation des activités" car elle prône sur une interaction locale entre les différents secteurs auto-bénéfiques. Elle invite à "repenser la forme des agglomérations urbaines pour minimiser les stocks d'infrastructures", pour "diminuer les consommations de ressources induites par la structure et l'étalement du tissu urbain". Il faut "rendre l'« écosystème urbs » aussi compact et auto-suffisant que possible".
Aujourd'hui, petit topo sur La décroissance (cliquez pour télécharger), un livre de Nicholas Georgescu-Roegen publié pour la première fois en 1979.


Préliminaire : Définition de l'entropie
"Un indice de la quantité d'énergie inutilisable contenue dans un système donné à un moment donné de son évolution". Expliquons : plus l'entropie d'un système sera bas, plus la quantité d'énergie utilisable sera élevée. En prenant l'exemple d'un morceau de charbon, on le trouve en tant que ressource à un état de basse entropie, forme sous laquelle il peut être brulé pour produire de l'énergie. Si cet évènement se produit, le charbon passe à un état de haute entropie (on ne peut pas utiliser le charbon consommé à nouveau comme un combustible) car l'énergie qu'il contenait s'est dissipée.
L'entropie dans le processus économique
Depuis la révolution industrielle, les économistes ont commencé à ignorer la représentation de l'environnement dans le processus économique. Or la Terre est un système fermé, qui ne reçoit que d'infimes quantités de matière de l'extérieur, et qui, par conséquent, dispose d'une dot fixée, d'une quantité de ressources de basse entropie limitée. Chaque objet produit puise dans cette réserve ayant pour conséquence de l'affaiblir irrémédiablement.
Pourquoi la décroissance ?
En considérant le total des ressources de basse entropie utilisée chaque année comme l'épuisement annuel, "plus le degré de développement économique sera élevé, plus considérable sera l'épuisement annuel et, par conséquent, plus courte sera l'espérance de vie de l'espèce humaine". Pour préserver la quantité de ressources disponibles et garantir aux générations futures une existence digne, il faut réduire le gaspillage et arrêter l'utilisation vaine des réserves de l'humanité (comme pour la production d'engins de guerre par exemple).
Vers quel modèle ?
Si la révolution industrielle a accentué l'impact de l'homme sur la Terre, c'est qu'elle a opéré "un déplacement de la source solaire vers la source terrestre. Le bœuf ou le buffle, dont la puissance mécanique procède du rayonnement solaire capté par la photosynthèse chlorophyllienne, est remplacé par le tracteur qui est fabriqué et actionné au moyen de basse entropie terrestre. Et il en va de même en ce qui concerne le remplacement du fumier par les engrais artificiels. Par conséquent, la mécanisation de l'agriculture est une solution qui, bien qu'inévitable dans l'impasse actuelle, doit être considérée comme antiéconomique à long terme". Nicholas Georgescu-Roegen préconise donc un plus grand usage de la source solaire (en transformant par exemple des produits végétaux en essence) et un retour à une agriculture organique, même si l'humanité doit pour ça diminuer sa population.
"Ce dont le monde a le plus besoin, c'est d'une nouvelle éthique."
![]() | Auteur d'un récent ouvrage intitulé Paris Métropole, formes et échelles du Grand-Paris, Philippe Panerai a été invité à la librairie Le Genre urbain dans le cadre d'une présentation-débat. Les thèmes abordés par son livre s'articulent autour de chapitres sur la forme de la ville, la question de la densité, la gouvernance, la géographie et les transports notamment. |
A propos du grand paysage de l'Ile-de-France –car c'est en réalité de ce territoire qu'il s'agit derrière cette appellation trompeuse-, l'auteur commence par expliquer les origines géographiques de sa formation. Bien que pour une majorité Paris semble être une ville sans dénivellation, il rappelle qu'en certains points -la butte Montmartre, la butte Chaumont, le Palais de Chaillot entre autres- le relief est nettement marqué. Cette topologie, qui s'étend jusqu'aux banlieues, en différenciant un Nord fait d'escarpements et un Sud marqué par de vastes plateaux percés de vallées, est à l'origine selon lui de différences notables entre les quartiers.
Petite introduction en la matière donc, avant de s'attarder plus longuement sur un point qui le préoccupe particulièrement : les transports. Ceux-ci sont en relation avec de multiples centres dans la ville. Il propose à ce sujet de compter les stations disposant de plus de 2 correspondances, et de comparer le nombre de celles-ci intra et extramuros. L'écart est flagrant. Alors même que la population périphérique à augmenter, la quantité des cheminements proposés par le STIF a très peu changé. Comme exemple, il propose la tangentielle Nord, en projet selon ses sources depuis au moins 1960, et dont la réalisation commence à peine cette année, alors même que les terrains sur lesquels elle s'implante sont d'anciennes emprises militaires appartenant déjà à l'Etat. Alors pourquoi a-t-il fallu tout ce temps ? Selon lui, « tout le monde s'en fout », mais il faudra pourtant bien faire quelque chose, sinon « ça va péter » prévient-il.
Conscient de s'être déjà largement assez étendu sur cette question dans le cadre de cette petite présentation, Philippe Panerai ose, avant de conclure, aborder la question sensible de la densité de Paris. Que faut-il faire ? Bien sûr, il est d'accord pour penser qu'il faut fortifier le capital existant, mais comment aller plus loin ? Il propose une ville polycentrique, pas forcément égalitaire, mais au contraire, davantage régit par une organisation hiérarchique. Il précisera ensuite qu'il prône une extension discontinue, et que les centres sont des lieux diversifiés, en aucun cas des pôles. Il faut ne pas être tout seul, mais être indépendant du centre principal -et cela passe par la distance des parcours à effectuer. Cette vision me rappelle celle de Richard Rogers, sur lequel je prépare un article.
A l'heure des questions, des petits précisions s'imposent. La limite du périphérique, déjà, physique, matérielle, entourée de bruit et de pollution. Mais pas nécessairement un obstacle si on sait traiter le passage. Comme pour la Seine qui est chevauchée de tant d'innombrables ponts qu'on en oublie presque qu'elle est là. Il s'agirait donc seulement d'une question de franchissement, surtout prévu pour les voitures pour l'instant, mais qui pourrait retrouver tout son sens si on intégrait les piétons dans une logique de transition, peut-être avec des passages bordés de boutiques qui rendraient la vie plus animée en dépit des inconvénients que génèrent ce genre de lieux. A la manière d'un marché aux puces de la porte de Clignancourt, proche de ce que font déjà depuis longtemps les turcs.
Voilà que pointe le sujet des tours. Lesquelles ? Bureaux ? Habitations ? Mixtes ? Un petit rappel préalable -un homme avertit en vaut deux- cette disposition ne favorise pas la densité, sauf si l'on oublie l'approche occidentale liant à la verticalité un grand espace vide au sol pour construire, comme certaines villes chinoises, des tours très proches. Attention, il n'est pas contre quelques groupes de tours, qui joueraient un rôle de repère, mais il faut les grouper, elles peuvent donner du sens. Toutefois, pas question de construire des tours de logements battant les records de hauteur, si l'on peut admettre que pour les bureaux il n'est pas forcément nécessaire d'ouvrir les fenêtres -et encore- cette idée reste impensable pour des habitations. Plutôt perplexe sur la question de la mixité, il reconnaît toutefois que vivre dans une tour ne présente d'intérêt que si l'on occupe les étages supérieurs -notamment pour la vue-, mais que deviendraient alors les premiers ? Les questions restent ouvertes.
On s'est baladé la semaine dernière dans Paris pour suivre un petit cours historique sur le centre de la ville dans le cadre du R7, et j'avais envie de montrer ces quelques clichés de la visite.


Il ne faisait pas très chaud et j'ai pris peu de notes bien que la séance fut constructive, alors si certains voulaient ajouter des commentaires, ne vous gênez pas.


En attendant je vous laisse profiter de ces quelques vues, passez votre curseur sur les photos pour avoir la légende.
Je voudrais aujourd'hui vous présenter le livre Utopies réalisables écrit en 1974 par l'architecte Yona Friedman.


Yona soumet l'idée selon laquelle l'échec des sociétés contemporaines résiderait dans leur dimension trop importante. En effet, si les politiciens s'occupent plus des relations internationales que des intérêts locaux, c'est car il existe une rupture entre eux et le peuple qu'ils représentent. Son hypothèse est de dire que les nations se divisent en entités qui ne peuvent dépasser leur limite propre (variable notamment selon la structure sociale, la vitesse du langage, de réaction de l'ensemble,...) : le groupe critique. Au delà de ce seuil, l'accord commun nécessaire à la réalisation d'une utopie n'est jamais atteint, ou très lentement.


La trame mathématique de sa vision théorique s'enrichit, par exemple, de variables comme l'environnement (écosystème et objets), susceptibles de bousculer l'ordre pré-établi de l'utopie, et se poursuit en explorant les différentes relations possibles entre les individus (chaque chapitre mériterait bien sûr d'être plus amplement détaillé, mais je vous laisse le loisir de découvrir le livre si vous êtes intéressés par le sujet).

Les chapitres suivants, mélange subtil de critique et d'exploration théorique, posent les bases de sa vision utopique en s'interrogeant sur la société de compétition et son utilité puis par le thème de l'importance. Mais quelle(s) forme(s) doi(ven)t adopter selon lui son (ses) utopie(s) ? Elle porte un nom : la ville. Mais Yona préfère opposer à une densité destructrice des individualités, "une multitude de petits groupes séparés, reliés par un réseau de communication qui couvrirait la surface terrestre" : une réorganisation de la ville globale..

"Un réseau de villes moyennes dispersées plus ou moins d'une manière homogène sur tout le continent, forme d'habitat que nous avons appelé la ville-continent, pourrait être l'habitat qui corresponde mieux à un développement durable".
Pour en savoir plus : L'intégralité du livre en accès libre sur le site de l'éditeur.
De retour pour continuer notre petit tour de l'horizon barcelonais, en arrêtant cette fois notre regard sur l'atypique Casa Batllo, construite entre 1904 et 1906, sur le Passeig de Gracia (l'équivalent des Champs Elysées).


L'habitation conçue par Gaudi émerge du paysage urbain, tel le monstre du Loch Ness, avec sa façade aux formes osseuses couronnée d'un toit aux allures de dragon, et son univers intérieur évoquant à de nombreuses reprises le monde marin. Le caractère organique de la construction semble ici atteindre son paroxysme.

Partout dans l'édifice, les droites sont abandonnées au profit des courbes, conférant, par ces formes, un caractère féminin aux espaces. Plongé dans ce paysage aquatique, le sentiment d'intériorisation est très fort. L'eau, la naissance et la vie.

Chaque détail a été minutieusement étudié. De nombreuses expérimentations ont été réalisées avec des maquettes de plâtre par Gaudi, afin de parvenir à la modélisation la plus représentative de son imaginaire, et les travaux qui ont été réalisés ont largement dépassé les informations fournies par le dossier que l'architecte avait déposé à la mairie.

Les plafonds par exemple témoignent bien de la créativité du génie catalan : tantôt tourbillon, tantôt goutte d'eau qui perturbe la surface plane de l'eau. Mais il y aurait aussi tant à dire sur le travail minutieux des menuiseries, ces pièces évocatrices et uniques, parfaitement réalisées. Gaudi a su diriger le talent des artisans au service de son art.


Dans son édifice, il y aussi ce puits de lumière ingénieux, couvert de morceaux carrelage dont la disposition en diagonale semble agrandir l'espace. Pour assurer une luminosité constante dans les différentes pièces, la couleur des carreaux est plus foncée au dessus, d'un bleu assez sombre, et s'éclaircit progressivement lorsque l'on descend dans les étages, jusqu'à atteindre le blanc. Ce dispositif est renforcé dans le traitement des fenêtres, d'abord étroites aux niveaux supérieurs puis s'élargissant vers le bas de l'immeuble.


Au dernier étage, on accède aux escaliers menant au toit par des couloirs rythmés d'arches paraboliques. On a l'impression d'etre dans le ventre de la bête. Entre chacune d'elles, des ouvertures (dont la forme rappellent celle des branchies) laissent passer l'air et permettent un éclairage indirect tout en douceur.

Enfin le toit. L'aboutissement d'un projet manifeste de l'architecture organique de Gaudi, qui s'inspire des formes de la nature. Ici, les cheminées sont habillées de manière très élégantes, et la vue sur la ville est superbe. Et même si la visite est chère, le voyage dans le pays gaudien est vraiment un moment magique.